Suicide : mal-être croissant des jeunes femmes et fin de vie - Penser les conduites suicidaires aux prismes de l’âge et du genre - 6ème rapport / février 2025

Rapports

Paru le 25/02/2025

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie le sixième rapport de l’Observatoire national du suicide. Ce rapport synthétise les grandes tendances des conduites suicidaires en France ainsi que leurs facteurs structurants, tout en soulignant les apports et limites de chaque indicateur. Ces résultats contribuent à éclairer la réflexion sur les mesures de prévention.

Les hommes âgés plus vulnérables au risque de décès par suicide

Souvent associé aux jeunes, le risque de décès par suicide est néanmoins beaucoup plus élevé chez les personnes les plus âgées, femmes comme hommes : le taux de suicide des personnes de 85-94 ans est de 35,2 pour 100 000, près du triple du taux mesuré pour l’ensemble de la population. À cet âge, les hommes font face à un risque huit fois plus élevé que les femmes et 25 fois plus important que les hommes de moins de 25 ans. De plus, leur taux de suicide augmente nettement entre 2021 et 2022, passant de 77 à 86 suicides pour 100 000 habitants.

 

Une hausse récente des décès par suicide et une relative stabilité des hospitalisations

Avec 9 200 décès par suicide recensés en 2022, le taux de suicide atteint 13,3 décès pour 100 000 habitants, un niveau trois fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes (20,8 et 6,3 pour 100 000, respectivement). En baisse constante depuis le milieu des années 1980, le taux de suicide parait avoir atteint un niveau plancher au tournant de la décennie 2020. Une première hausse du taux de suicide enregistrée en 2018 relevait d’un artefact, puisqu’elle était due en grande partie à l’amélioration de la collecte des données, mais le taux de décès par suicide n’a pas repris sa diminution depuis. Au contraire, il est légèrement supérieur en 2022 (13,3) à ce qu’il était en 2021 (13,0) et 2020 (13,1).

Le nombre d’hospitalisations pour gestes auto-infligés (GAI), qui comptabilisent (sans pouvoir les distinguer) les tentatives de suicide et les automutilations non suicidaires telles que les scarifications, est stable au global. En 2023, 77 601 personnes de plus de 10 ans ont été hospitalisées au moins une fois pour GAI dans les établissements de soins somatiques, soit 128 personnes pour 100 000.

 

Une très forte augmentation des hospitalisations chez les adolescentes et les jeunes femmes au cours de la dernière décennie

Le nombre d’hospitalisations pour GAI augmente chez les adolescentes et les femmes de moins de 25 ans depuis 2017, une hausse qui s’est accélérée à partir de 2021 et persiste au-delà de la période post-covid. 516 femmes de 15 à 19 ans sur 100 000 ont été hospitalisées en 2023 pour GAI (+ 46 % par rapport à 2017), plus de quatre fois le taux observé chez les hommes (113 sur 100 000). Dans le même temps, les hospitalisations pour gestes auto-infligés ont nettement reculé chez les femmes de 30 à 69 ans et chez les hommes de 30 à 59 ans. Ainsi, les inégalités entre les femmes et les hommes se réduisent nettement entre l’âge de 35 et de 70 ans, tandis que l’écart augmente fortement entre les jeunes femmes et leurs aînées.

Chez les jeunes, le suicide constitue la deuxième cause de mortalité, mais c’est aussi la tranche d’âge dont le taux de suicide est le moins élevé : 2,7 pour 100 000 chez les moins de 25 ans, contre 13,3 pour l’ensemble de la population. Les jeunes femmes demeurent la population chez qui le taux de suicide est le plus faible, quoiqu’il ait augmenté de près de 40 % entre 2020 et 2022 (passant de 1,15 à 1,60 pour 100 000).

 

Aide à mourir et prévention du suicide : un éclairage sur les termes et les enjeux du débat

L’ouverture d’une aide active à mourir (AAM) est, depuis plusieurs années, au centre du débat public et parlementaire. L’ONS n’a pas vocation à prendre position dans cette discussion, mais peut contribuer à en éclairer les termes : elle présente donc une revue de littérature scientifique sur les dispositifs d’aide à mourir à travers le monde, qui fait ressortir plusieurs enseignements. Leur ouverture aux personnes atteintes de troubles psychiques pose question, l’évaluation de la demande se heurtant à de nombreuses difficultés. En revanche, on ne semble pas observer d’effets de « report » des suicides vers les dispositifs d’AAM dans les pays où ceux-ci ont été légalisés ou autorisés par la jurisprudence. Lorsque l’AAM existe, toutes les demandes de mort sont loin d’aboutir et, dans certains cas, la possibilité de recourir à l’AAM permet un début de prise en charge du mal-être, ouvrant une perspective – certes contre-intuitive – de prévention du suicide.

 

Onze fiches pour compléter l’état des lieux des conduites suicidaires, des plans de prévention et des actions de postvention

Ce rapport s’achève sur onze fiches rédigées par des membres de l’ONS, qui apportent des éclairages spécifiques à partir de résultats statistiques et documentent des mesures ou des dispositifs à l’œuvre ou en préparation. Elles reflètent la diversité des approches possibles pour rendre compte du phénomène suicidaire, en matière de production de données comme de dispositifs d’accompagnement et de prévention, qu’ils soient pilotés par des politiques publiques ou par des acteurs du secteur associatif.
 

Si vous êtes en détresse et/ou avez des pensées suicidaires, si vous voulez aider une personne en souffrance, vous pouvez contacter le numéro national de prévention du suicide, le 3114.
Il est accessible 24h/24 et 7j/7, gratuitement, en France entière.
Un professionnel du soin, spécifiquement formé à la prévention du suicide, sera à votre écoute.

Plus d’informations et de contacts

L’Observatoire national du suicide (ONS), créé en 2013 et renouvelé pour cinq ans en août 2023, est présidé par le ministre en charge de la santé. Il rassemble cinquante personnalités qualifiées et associations de prévention du suicide. C’est avec l’accord de ses membres que l’ONS dédie ce sixième rapport à Michel Debout.

Médecin légiste de formation, Michel Debout a été un acteur majeur du champ de la prévention en France et l’un des principaux artisans de la création de l’Observatoire national du suicide. Très tôt dans sa carrière, il a investi le champ de la suicidologie et appelé à développer des programmes et politiques de prévention du suicide. Saisi en 1992 sur cette question, le Conseil économique et social a produit sous sa direction un rapport* qui a rencontré un fort écho social et politique. Ce rapport a contribué à modifier la perception du suicide, jusque-là renvoyé à l’intime et à la sphère privée, pour en faire un véritable objet de la politique de santé publique. Cette irruption de la problématique du suicide dans la sphère publique a été suivie par l’Appel des « 44 » lancé en 2011 pour demander la création d’un observatoire des suicides.

Ce combat d’une vie s’est donc avéré décisif pour la création de l’ONS en 2013, projet dans lequel Michel Debout s’est particulièrement investi. Dans le cadre des travaux et débats de l’Observatoire, il a toujours fait part de réflexions pertinentes, humanistes, parfois critiques mais toujours constructives. Michel Debout nous a quittés le 18 novembre 2024, et nous tenons, avec tous les membres de l’ONS, à saluer sa mémoire.

Depuis la crise sanitaire, l’idée que la santé mentale des Français se dégrade, notamment chez les jeunes, est au centre du débat public. En 2025, la santé mentale est la grande cause nationale du gouvernement. Les comportements suicidaires constituent en effet l’une des manifestations les plus graves des problèmes de santé mentale, et les comprendre est essentiel pour concevoir des politiques de prévention efficaces. Les membres de l’Observatoire et les équipes de la DREES, qui participent depuis onze ans à la construction et à l’articulation des connaissances sur le sujet, contribuent, par le moyen de ce rapport et des précédents, à éclairer le débat public sur la santé mentale des Français et les politiques de prévention.

Leur travail s’inscrit dans une logique à la fois interdisciplinaire – nécessaire pour rendre compte de la complexité du phénomène suicidaire – et collégiale. Aussi indispensable que la perspective interdisciplinaire, cette collégialité entre soignants, membres d’associations de prévention et de personnes concernées, acteurs de santé publique et chercheurs, permet de dresser dans ce rapport un panorama général et nuancé des comportements suicidaires.

Les réflexions et les résultats de recherches rappellent la nécessité de poursuivre les efforts pour mieux comprendre les conduites suicidaires et leur évolution, de manière à mieux adapter les politiques de santé. Pour ce faire, ce sixième rapport documente avec précision le poids des comportements suicidaires dans la population française, leurs tendances et les inégalités face au risque suicidaire, tout en participant à la discussion publique sur les dynamiques affectant la santé mentale de la population.

Le premier dossier aborde la question de la fin de vie. Il s’attache à apporter des éléments d’information et d’analyse sur l’aide médicale à mourir, un sujet qui vient questionner les acteurs de la prévention du suicide. L’état de l’art proposé inclut une description des différents dispositifs d’assistance à mourir existant dans le monde à ce jour. Il vise à contextualiser les débats et à fournir des clés d’analyse pour s’emparer de cette question complexe, en s’appuyant dans une première partie sur l’examen d’une littérature pluridisciplinaire et internationale issue de travaux scientifiques, mais aussi de contributions issues de la littérature dite grise pour tenir également compte du point de vue des acteurs, notamment des soignants. L’un des angles de ce travail consiste à questionner les articulations entre les possibilités d’une loi sur l’aide médicale à mourir, les dispositifs d’accompagnement de la fin de vie existants et la politique de prévention du suicide. Dans une seconde partie, ce dossier présente les résultats d’une recherche qualitative portant sur le mal-être au grand âge et les conduites suicidaires des personnes âgées, un sujet trop souvent passé sous silence, auquel ce projet financé par la Mission recherche de la DREES permet d’apporter des éclairages sociologiques précieux.

Le deuxième dossier du rapport est consacré à la mortalité par suicide. Il rend compte des chiffres de mortalité les plus récents pour présenter les tendances à l’œuvre en France et en Europe. Les évolutions observées chez les jeunes femmes et les hommes âgés de 85 ans ou plus requièrent toute notre vigilance. Ce dossier constitue également l’occasion de faire un point sur l’évolution des méthodes de comptabilisation des décès. Grâce aux efforts du CépiDc et de la DREES à travers la mission confiée à François Clanché, nous nous félicitons de l’accélération de la remontée et du codage des causes médicales de décès, qui permet de réduire de quatre à deux ans le délai nécessaire pour mettre à disposition les données de cause de mortalité. Par ailleurs, l’amélioration de la remontée spécifique aux décès par suicide entraîne une importante rupture de série en 2018, que l’Observatoire et la DREES se devaient de documenter.

Le troisième dossier porte sur les gestes auto-infligés, terme privilégié par l’Observatoire à celui de « tentatives de suicide », encore largement utilisé mais qui correspond moins étroitement à la réalité décrite par les données de référence. En effet, ces dernières ne permettent pas de distinguer de l’ensemble des automutilations celles par lesquelles leurs auteurs cherchent à mettre fin à leurs jours. Ce dossier propose un bilan des méthodes employées pour estimer les gestes auto-infligés en population générale avant de présenter les principales tendances observables les concernant. Dans la lignée des travaux amorcés dans le rapport de 2022 et pour faire suite à d’autres publications de la DREES montrant une élévation très préoccupante des conduites suicidaires chez les jeunes femmes, ce dossier reprend une approche centrée sur les inégalités sociales de santé pour couvrir les hospitalisations pour geste auto-infligé dans cette population. L’apport méthodologique visant à améliorer nos outils statistiques ou compléter notre capacité de compréhension des phénomènes suicidaires est important, comme en témoignent les conclusions d’une étude financée par l’ONS estimant la fiabilité du codage des gestes auto-infligés dans plusieurs structures hospitalières.

En plus de ces dossiers, le lecteur trouvera onze fiches rédigées par des membres de l’ONS abordant les conduites suicidaires et la santé mentale de la population. Ces fiches permettent des éclairages spécifiques à partir de résultats statistiques et d’enquêtes qualitatives, ou documentent des mesures ou des dispositifs à l’œuvre ou en préparation. Elles reflètent la diversité des approches possibles pour rendre compte du phénomène suicidaire, en matière de production de données comme de dispositifs d’accompagnement et de prévention, qu’ils soient pilotés par des politiques publiques ou des acteurs du secteur associatif. Plusieurs fiches actualisent des travaux menés antérieurement et témoignent à ce titre de l’évolution des pratiques. 

Un premier ensemble de fiches permet de documenter l’évolution des tentatives de suicide et des pensées suicidaires. On y retrouve les travaux menés par Santé publique France à partir de son Baromètre santé (fiche 1) ; l’exploitation d’une enquête statistique menée par l’Office français des drogues et des tendances addictives (OFDT) à propos du mal-être des jeunes et des conduites addictives associées (fiche 2) ; et un travail de comparaison internationale des taux de suicide exploitant les données d’Eurostat (fiche 3).

Une deuxième série de fiches revient sur la mise en place de plans de prévention auprès de groupes socioprofessionnels spécifiques ou en population générale. Deux fiches, rédigées par la Direction générale de la santé, décrivent les modalités de fonctionnement de la stratégie nationale de prévention du suicide (fiche 4) et le déploiement des formations Premiers secours en santé mentale (fiche 5). Trois autres fiches présentent les plans de prévention du suicide en milieu scolaire (fiche 6), en direction des agriculteurs (fiche 7) ou dans le milieu pénitentiaire (fiche 8).

Un dernier ensemble de fiches documente des initiatives et des dispositifs autour de la postvention, c’est-à-dire l’accompagnement et la protection des personnes endeuillées par le suicide d’un proche. L’Union nationale de prévention du suicide (UNPS) présente l’implication de ses adhérents associatifs pour le développement de cette approche (fiche 9). Deux dispositifs sont présentés : Alinéa, mis en place dans les Côtes-d’Armor (fiche 10), et la plateforme d’aide en ligne du dispositif ESPOIR, issu de recherches financées par l’ONS (fiche 11). 

Nous espérons que les lecteurs trouveront dans ce document un ensemble utile de connaissances et de données récentes et accessibles sur la problématique suicidaire, auxquelles ils pourront se référer jusqu’à la parution du prochain rapport de l’Observatoire.

*Michel Debout, Le suicide, Conseil économique et social, 1993.

 

 

Synthèse

 

Dossiers

 

État des lieux du phénomène suicidaire en France

 

Plans de prévention

 

Postvention

 

Annexes

 

Ce rapport a été réalisé sous la coordination scientifique de Valentin Berthou, Clémentine de Champs, Monique Carrière, Jean-Baptiste Hazo, Adrien Papuchon, Noemi Stella et Lisa Troy de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), et Hadrien Guichard du Centre de recherche de l’Institut de démographie de l’université Paris 1 (Cridup).

Il a bénéficié de la relecture de Clément Dherbécourt, sous-directeur adjoint des synthèses, des études économiques et de l’évaluation (DREES).

Ont contribué au dossier 1 :

Frédéric Balard (laboratoire de sociologie des territoires, du travail, des âges et de la santé [Tetras])
Maylis Sposito-Tourier (Observatoire régional de la santé de Bourgogne-Franche-Comté)
Ingrid Voléry (laboratoire de sociologie des territoires, du travail, des âges et de la santé [Tetras])

Ont contribué au dossier 2 :

Jean-Baptiste Hazo (DREES)
Manon Cadillac (DREES)
Élise Coudin (Inserm-CépiDc)
Fanny Gaudet (Inserm-CépiDc)
Hadrien Guichard (Cridup)

Ont contribué au dossier 3 :

Sixtine Brenek (Établissement public de santé mentale [EPSM] de Lille Métropole, Armentières)
Clémentine de Champs (DREES)
Hadrien Guichard (Cridup)
Jean-Baptiste Hazo (DREES)
Adrien Papuchon (DREES)
Philippe Paradis (EPSM de Lille Métropole, Armentières)
Camille Vincent (EPSM de Lille Métropole, Armentières)
Albert Vuagnat (DREES)

Ont contribué aux fiches :

Fiche 1 : Christophe Léon (Santé publique France)
Fiche 2 : Éric Janssen, Stanislas Spilka, Antoine Philippon et Olivier Le Nézet (Office français des drogues et des tendances addictives [OFDT])
Fiche 3 : Lisa Troy (DREES)
Fiche 4 : Pauline Mercier (Direction générale de la santé [DGS]) et Nathalie Pauwels (programme Papageno)
Fiche 5 : Pilar Arcella-Giraux et Pascale Fritsch (DGS), Sébastien Coraboeuf et Audrey Maillet (Premiers secours en santé mentale [PSSM] France)
Fiche 6 : Claire Bey et Brigitte Moltrecht (Direction générale de l’enseignement scolaire [DGESCO])
Fiche 7 : Anne-Marie Soubielle (mission de coordination interministérielle du plan de prévention du mal-être en agriculture)
Fiche 8 : Direction de l’administration pénitentiaire (DAP)
Fiche 9 : Françoise Facy et Marc Fillatre (Union nationale de prévention du suicide [UNPS])
Fiche 10 : Mélanie Coquelin et Céline Kopp-Bigault (dispositif Alinéa, Fondation Bon Sauveur, Bégard)
Fiche 11 : Édouard Leaune, Pauline Lau-Taï et Kushtrim Bislimi (Centre de prévention du suicide de Lyon)


Ont contribué aux annexes :

Annexe 1 : Monique Carrière (DREES)
Annexe 2 : Isabelle Philippon (DREES)

Ce rapport a bénéficié de la collaboration scientifique de l’ensemble des membres de l’Observatoire national du suicide, des groupes de travail « Données statistiques » et « Axes de recherche ».

Il est édité par le bureau des publications et de la communication de la DREES :

Directeur de la publication : Fabrice Lenglart
Responsable d’édition : Valérie Bauer-Eubriet
Coordination éditoriale : Céline Roux et Jean-Baptiste Gugès
Correction : Jean-Baptiste Gugès
Conception graphique : Philippe Brulin et Julie Eneau
Maquette : Drapeau Blanc

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